La loi Blanquer « Pour une école de la confiance » : notre avis

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Réjouissons-nous tout d’abord que la confiance soit le mot-clé de cette réforme : la présenter comme un objectif revient à reconnaître qu’elle est le premier besoin de l’école aujourd’hui… et telle est notre conviction.

Quant à savoir si cette réforme contribuera effectivement à rétablir la confiance – celle des élèves en eux-mêmes et en leurs capacités de réussite, celle des parents envers l’école, des professeurs envers l’institution… – cela, seul l’avenir le dira, évidemment. Reste que pour l’instant la confiance des enseignants dans les nouveaux programmes est limitée (enquête menée par lewebpedago et ToutEduc auprès de 500 professeurs de lycée).

Quelques points encourageants, des déceptions et des questions en suspens.

 

1. Des possibilités nouvelles d’écoles

 

Le projet de loi prévoit la possibilité de deux nouveaux types d’établissement qui visent à répondre aux réalités du terrain.

  • Les écoles internationales

La loi prévoit la possibilité de créer de nouvelles écoles allant du primaire au lycée pour préparer à l’option internationale du brevet, à l’option internationale du bac et au bac européen. Les listes d’attente pour ce type d’établissement ne cessent de s’allonger, il y a sans doute là une volonté constructive de répondre à cette demande.

  • Des établissements groupés en territoire rural : les « EPLESF » (établissements publics d’enseignement des savoirs fondamentaux).

Ces établissements devraient permettre une meilleure continuité entre les écoles et les collèges, demande qui se traduit déjà par des initiatives de rapprochements entre établissements (projets communs, interventions des professeurs de collège dans les classes de primaire, etc.). Prenant en compte ces initiatives, le Ministre entend leur donner un cadre institutionnel par la possibilité de grouper les classes de primaire et collège dans un établissement unique, dans les cas où tant les collectivités territoriales que les établissements scolaires le jugeraient opportun. Il s’agit là de réduire l’écart, difficile pour beaucoup d’élèves, qui existe entre le primaire et le collège.

 

2. Les enseignants

  • Réaffirmation du « devoir d’exemplarité »

La presse et les syndicats ont pointé du doigt le premier article de la loi, qui est de fait formulé de manière maladroite car il peut sonner comme un rappel à l’ordre pour les enseignants, alors qu’il est plutôt un message adressé aux parents. Il est utile de citer le texte (Article 1er du projet de loi) lui-même, qui est mis sous le titre « L’engagement de la communauté éducative » :

« Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique également le respect mutuel entre les membres de la communauté éducative, notamment le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels. »

  • Réponses à la crise du recrutement

La promesse d’un « renforcement de la formation initiale et continue des professeurs », qui laissait espérer un meilleur accompagnement des jeunes enseignants, ne se concrétise pour le moment que dans un changement de nom : les ESPE deviennent les INSPE…

En revanche, saluons dans la « préprofessionnalisation » une mesure susceptible de faire naître des vocations d’enseignants. En proposant aux surveillants, personnes déjà engagées auprès des élèves dans les établissements, d’assumer progressivement « des fonctions pédagogiques, d’enseignement ou d’éducation », le Ministre facilite une découverte progressive du métier sans le poids des responsabilités qui lui sont associées pour un jeune titulaire. Le parcours irait de l’observation en classe et l’aide aux devoirs (surveillants étudiant en 1ère année de licence) à la prise en charge d’une classe (3ème année), l’ensemble étant accompagné par un tuteur.

La formulation de l’article en a conduit certains à soupçonner cette mesure d’être une étape vers le remplacement partiel des professeurs par des étudiants : soupçon sans fondement pour le moment : il faudrait qu’y réponde une diminution des postes proposés aux concours. Pour autant, ces derniers ne sont pas pourvus intégralement dans toutes les disciplines ; c’est pour répondre à cette crise de recrutement que le Ministère instaure la préprofessionnalisation, destinée à encourager les vocations d’enseignants. Le succès de cette mesure et ses retombées sur le recrutement par concours permettront seuls de juger de son opportunité.

  • Réaffirmation de la liberté pédagogique des enseignants

Toujours encadrée par les autorités académiques et limitée à 5 ans, la liberté pédagogique (possibilité de mener des expérimentations quant à l’organisation de la classe, des effectifs, des horaires, etc.) est tout de même affirmée comme un des leviers les plus efficaces d’amélioration du système : il faut souhaiter que les initiatives prometteuses ne seront pas découragées par la lourdeur des contraintes administratives.

 

3. Pour le lycée : une réforme du lycée ambitieuse

mais encore sujette à caution

  • Une réforme ambitieuse

Saluons l’exigence mise en exergue de la loi, qui vise à « élever le niveau général » (4ème objectif visé, après la « justice sociale » et « l’équité » et « l’innovation territoriale »). Les professeurs sont partagés sur cette ambition, irréaliste pour certains, salutaire pour les autres.

Soulignons deux points qui devraient faire consensus : l’exigence de maîtrise de la langue, qui revient plusieurs fois au premier plan, soutenue notamment par le retour de la grammaire dans le programme de Français ; l’objectif annoncé de mieux préparer aux études supérieures, qui suppose implicitement d’élever le niveau du baccalauréat.

  • L’abandon des séries en lycée général

Point principal de crispation et d’inquiétude, autant pour les parents que pour les professeurs, cette mesure, comme toutes les autres, ne pourra faire ses preuves que lorsque tous auront pu se familiariser avec elle et se l’approprier.

Il est certain qu’elle accroît la pression mise sur les élèves et leurs parents, qui devront poser des choix bien plus précis qu’auparavant. La maturité et le degré d’information nécessaires à des choix judicieux ne seront sans doute pas toujours au rendez-vous : c’est à la souplesse qui sera donnée au système que l’on pourra juger de son réalisme.

  • Consensus difficile sur le tronc commun

Quant au choix des disciplines mises au « tronc commun », il ouvre un débat qui n’est pas près de se clore. Au moment où les programmes affirment l’importance décisive des sciences pour l’acquisition de la rigueur dans les raisonnements, les mathématiques sont comprises dans un « enseignement scientifique » de 2h (en Première et Terminale générales) qui comprendra aussi bien les mathématiques que la physique-chimie et les SVT. L’introduction des sciences du numérique pour tous les élèves de seconde laisse craindre que cet enseignement ne pourra être approfondi suffisamment pour constituer une véritable formation scientifique, au-delà des élèves qui le choisiront ensuite comme spécialité.

Seuls les choix posés par les élèves permettront de confirmer ou d’infirmer les craintes quant à la disparition de certaines disciplines, comme les SVT (mises en concurrence comme spécialité avec les mathématiques et la physique-chimie).

 

4. Le conseil d’évaluation de l’école

Nouvelle mouture du CNESCO (conseil national d’évaluation du système scolaire), ce conseil répond à la volonté affichée par le Ministre de mesurer de manière « objective » et « neutre » l’efficacité du système scolaire. Dans la mesure où 10 des 14 membres en sont choisis par le Ministre, il est permis de douter de sa réelle neutralité.

 

Conclusion

En définitive, les craintes et mécontentements sont nombreux, comme à chaque annonce de réforme. Souhaitons à tous que le dialogue et l’information, notamment entre l’institution et les familles, se fassent dans un esprit de confiance et sereinement. Les professeurs ont besoin d’être soutenus et encouragés face au surcroît de travail et d’incertitudes qui sera leur lot pour encore de longs mois ; les parents attendent d’être informés clairement des choix qu’ils auront à poser avec ou pour leurs enfants.

Nous renouvelons donc tant aux enseignants qu’aux parents notre message essentiel : quels que soient les programmes et cadres institutionnels, la confiance dont les élèves ont besoin pour réussir dépend avant tout de leurs parents et de leurs enseignants, de ce que ces derniers représentent pour eux au quotidien.

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