Les chiffres de l’illettrisme 

Selon l’Académie française, 20 % des enfants qui lisent un texte ne le comprennent pas ou mal en 6ème. En banlieue, ils sont 50 %. Comment peut-on alors continuer ses études sereinement ? Certains élèves ne comprennent pas correctement les énoncés des exercices !
Selon l’INSEE, la France compte 7 % d’illettrés. Selon les définitions de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), est dite illettrée une personne qui a reçu un apprentissage de la lecture mais n’en a pas acquis une maîtrise suffisante pour être autonome. La Journée défense et citoyenneté (JDC) permet de recenser le nombre d’illettrés en France. 

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D’après le site de l’OCDE, la France est 19ème du classement PISA en compréhension de l’écrit.  Son score a diminué de 6 points depuis PISA 2000 et on peut apercevoir un  creusement des écarts de performance entre les élèves très performants et les élèves peu performants. 

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Retrouvez notre analyse sur PISA 2015 :analyse enjeux, évolution du score de la France , perspectives … en cliquant ici

L’apprentissage précoce de la lecture 

Selon Maria Montessori, médecin et pédagogue italienne, créatrice de la pédagogie Montessori, l’enfant est plus perméable à l’apprentissage de la lecture avant ses 6 ans. 
Avant ses 6 ans, l’enfant est dans une période « sensible ». Durant cette période l’enfant est particulièrement perméable à tout ce qui touche au langage. Maria Montessori appelle cela « l’esprit absorbant » du petit enfant. C’est la période pendant laquelle il apprend spontanément à parler. Cette sensibilité extrême aux mots lui permet même d’apprendre pendant cette période une, deux, voire même trois langues différentes simultanément comme des langues maternelles.
Dès qu’il a acquis la conscience de soi et jusqu’à environ 6 ans, l’enfant traverse également la période sensible de l’autonomie. La preuve en est qu’il demande toujours à faire les choses « tout seul ». Dès le moment où il souhaite faire les choses « tout seul », on peut lui apprendre à lire. En commençant les jeux de lecture vers 2 ans, l’enfant a tout son temps pour apprendre dans le plaisir au moment où son pouvoir de concentration sur cet enseignement est optimal. Après 6 ans il est trop tard, la période sensible qui faisait de ces apprentissages un jeu excitant est passée et ne reviendra plus jamais.
De plus, selon Maria Montessori, la sensibilisation à une lecture précoce permet de prévenir le décrochage scolaire. L’enfant qui a découvert très tôt les mots parlés et écrits ne sera pas soumis à la pression du programme scolaire et continuera à prendre plaisir à lire. A contrario, apprendre à lire après la période sensible (après ces 6 ans) peut mener à des difficultés d’apprentissage, des anomalies et même à l’échec scolaire. 
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Céline Alvarez, ancien professeur de l’éducation nationale, souhaite intégrer les sciences cognitives à l’École. Elle a travaillé en collaboration avec le neuroscientifique Stanislas Dehaene. 
Ils ont développé le concept de plasticité cérébrale : l’enfant acquiert au début de sa vie des habitudes cérébrales présentes durant toute sa vie. Pendant les 5 premières années de sa vie, l’enfant crée 700 à 1000 nouvelles connexions neuronales par seconde. Ces connexions sont faites lors de chaque image, interaction, événement quotidien ou non que vit l’enfant.
“Le cerveau humain commence par créer des milliers de connexions pour se structurer. Autrement dit, cette période de grande impressionnabilité cérébrale est fondamentale car elle pose les premières pierres du temple de l’intelligence”.
L’environnement de l’enfant est donc fondamental pour la structuration du cerveau. Un environnement peu nourrissant peut avoir des conséquences dramatiques sur son développement. Après ces années, le nombre de connexions diminue fortement, passant de 1 million de milliards de synapses à l’enfance à 300 000 milliards à l’état adulte. Il ne reste donc qu’un seul tiers, celui qui est le plus utilisé.
Si l’enfant n’a pas été formé à un vocabulaire enrichi durant ces premières années, son cerveau se limitera à un vocabulaire familier. La première période de la vie est donc une période de grande opportunité mais aussi de grande vulnérabilité, conditionnée par l’environnement extérieur. Il est donc fondamental de fournir aux jeunes enfants les conditions qui lui offrent le meilleur.
La période entre 3 et 5 ans apparaît donc comme fondamentale : c’est à ce moment-là qu’il existe une période opportune pour apprendre à se contrôler, à être attentif et à mémoriser consciemment des informations.
La lecture durant cette période permettra donc à l’enfant de spécialiser son cerveau vers ce type d’activité et d’acquérir du vocabulaire et une habitude qui lui serviront toute la vie.
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Marie Rose Moro, psychiatre, professeur des universités – Praticien hospitalier en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris Descartes et psychanalyste française, insiste sur l’importance de la stimulation précoce à la lecture (avant 6 ans). 
« Ainsi, l’appétence pour la lecture des enfants entrant à l’école augmente avec le nombre de livres présents chez eux. L’intérêt de cette étude est qu’elle révèle que la lecture dès le plus jeune âge active la zone cérébrale construisant du sens »

L’économie linguistique

Alain Bentolila, professeur de linguistique à Paris 5 Sorbonne, créateur de l’Équipe de Recherche Technologique en Éducation (ECHILL : Echec scolaire et illettrisme) a développé le principe de l’économie linguistique. Il explique que la diminution du champ lexical, provoquant une difficulté à échanger, favorise la violence. De plus, il démontre que l’apprentissage de la lecture chez l’enfant est favorisé par une connaissance en amont d’un vocabulaire enrichi.
« Un enfant qui parle mal le français est vulnérable, il manquera de pouvoir et de réfutation.»
Alain Bentolila parle de l’économie linguistique. Selon lui,: « Plus on connaît quelqu’un, plus on a de choses en commun avec lui et moins on aura besoin de mots justes et explicites pour communiquer ensemble. En bref, si l’on s’adresse à un individu qui vit comme nous, qui partage nos croyances et nos coutumes, qui a les mêmes soucis et la même absence de perspectives sociales, cela ira sans dire […] lorsque l’on doit s’adresser pacifiquement et explicitement à des gens que l’on ne connaît pas, lorsque ces gens ne savent pas à l’avance ce qu’on va leur dire, cela devient alors un tout autre défi : un vocabulaire exsangue et une organisation approximative des phrases ne donnent pas la moindre chance de le relever. » 
« La violence est ici directement liée à l’incapacité de mettre en mots sa pensée en y mettant de l’ordre ; car seuls les mots organisés apaisent une pensée sans cela chaotique, tumultueuse qui se cogne aux parois d’un crâne jusqu’à l’insupportable et qui finit par exploser dans un acte incontrôlé de violence. »

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Alain Bentolila met donc en avant l’importance d’acquérir un vocabulaire varié pour savoir s’adapter et communiquer. 
« Plus de 20% de la population française ne possède qu’une langue réduite dans ses ambitions et dans ses moyens : 600 à 800 mots, quand il nous en faut en moyenne 5 000 à 6 000 pour accepter et tenter de comprendre nos différences. »
A six ans, quand l’enfant arrive au cours préparatoire, il possède dans sa tête un répertoire de quelque 2000 mots oraux. Cela lui permet, lorsque vous lui parlez, de reconnaître le « bruit d’un mot » et d’en comprendre le sens en interrogeant ce petit dictionnaire mental. On comprend alors l’importance décisive de la quantité et de la qualité du vocabulaire qu’un enfant possède avant qu’il apprenne à lire. Si, comme c’est le cas pour certains qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une médiation à la fois bienveillante et exigeante, l’enfant ne possède qu’un nombre très restreint de mots souvent peu précis, alors son dictionnaire mental lui répondra le plus souvent : « Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé ». Et à force de ne pas recevoir de réponse à sa question, l’enfant risque d’en déduire « qu’il n’y a jamais d’abonné », c’est-à-dire qu’il n’y a aucun sens derrière le bruit qu’il a construit.  C’est donc le déficit du vocabulaire oral qui empêche l’enfant d’accéder au sens des mots écrits.  
Pour Alain Bentolila, il est donc « important de veiller à ce que l’école maternelle privilégie le travail sur la langue orale. »
Retrouvez l’interview d’Alain Bentolila pour le journal Marianne ici

L’importance de lire à ses enfants 

Jessica Montage, chercheur sur le rôle de l’expérience dans les capacités linguistiques chez les enfants et les adultes et auteur d’une étude publiée dans Psychological science, met en avant l’importance de lire des livres aux enfants pour qu’ils acquièrent un vocabulaire riche. 
« Les enfants à qui l’on a fait la lecture très jeunes possèdent plus de vocabulaire que les autres. »
Selon Jessica Montage, la lecture permet à l’enfant d’entendre plus de mots. En effet, une équipe de chercheurs en psychologie a comparé le contenu des livres d’images les plus courants et le vocabulaire employé par les parents avec leurs enfants. Les livres pour enfants sont une source de mots plus diversifiée que la conversation parentale.
D’après le rapport Étude sur la petite enfance (1999), réalisé par McCAIN et MUSTARD, chercheurs à l’université de Toronto et Cambridgeles données scientifiques en neurosciences démontrent que les apports sensoriels acquis lors de la lecture d’une histoire, contribue au câblage du cerveau. Or ce câblage est fondamental pour le développement cérébral durant la petite enfance, lui-même important dans l’apprentissage, le comportement et la santé tout au long de la vie. Le cerveau de l’enfant se développe grâce à la stimulation des canaux sensoriels (vue, ouïe, toucher, odorat, goût). Ainsi une histoire lue en bas âge aura des répercussions importantes sur le développement cérébral du jeune. Le développement du jeune enfant peut se faire dans des cadres variés. Ce qui compte c’est que les activités mettent l’accent sur l’interaction des parents avec l’enfant. L’engagement parental est donc un élément important de la croissance de l’enfant durant cette période 3-6 ans. 
“Il est clair que la période de la conception à l’âge de six ans est plus importante que toute autre période du cycle biologique pour le développement cérébral et l’apprentissage, le comportement et la santé futurs. Les effets des premières expériences de la vie sur le câblage et le modelage des milliards de neurones, sont enracinés à jamais”.
Les chiffres du rapport OECD-PISA 2012 : Lisons-leur une histoire ! Le facteur parental dans l’Éducation confirme l’importance de lire des livres aux enfants.

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En effet :
L’écart de performance en compréhension de l’écrit entre les élèves à qui on a régulièrement fait la lecture à la maison et ceux à qui on ne l’a pas fait est parfois un écart supérieur à une demi-année scolaire ! Le fait de lire à son enfant des histoires durant ses premières années a l’impact le plus marqué sur le goût et la réussite de la lecture de l’enfant.
– Lire des livres aux jeunes enfants reste fortement associé à de meilleurs résultats à l’âge de 15 ans (toujours une demi-année scolaire d’avance).
– Il y a une corrélation entre les habitudes de lecture des parents et les capacités de lecture de leurs enfants. Plus l’enfant est issu d’un milieu favorisé, plus le pourcentage de parents lisant à la maison est fort : en moyenne 20% à 30% de différence.
De plus, les enfants qui lisent 20 minutes par jour ont de meilleurs résultats scolaires. En effet, la lecture permet d’apprendre plus de mots de vocabulaires et d’avoir une meilleure syntaxe.

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Les propositions sur la lecture

 
Selon Marie, maman d’élèves, il faut donner à tous les enfants à l’école de la lecture de qualité

 

 

Domitille et Marie-Lise, parents d’élèves, proposent de limiter au maximum les écrans à l’école pour privilégier plutôt les méthodes d’apprentissage par les sens, le concret, le jeu. Plus particulièrement en maternelle, elle propose de remplacer les temps actuels de télévision par de la lecture de contes.
 

 

Camille, professeur de français, souhaite favoriser une vraie maîtrise des savoirs fondamentaux.

 

 

 
Françoise, propose de revenir à la méthode syllabique dans toutes les écoles